Shakuhachi

Shakuhachi

Depuis ses origines, la pratique du shakuhachi s’ancre dans le sacré. Importé au Japon depuis la Chine au 7ème siècle, il est d’abord joué dans l’orchestre de Gagaku. Le Gagaku, musique rituelle s’il en est, est strictement réservée à l’Empereur, le Fils du Ciel. À cette époque, la musique joue un rôle à la fois cérémonial, rituel et magique. Elle se fait médiatrice des forces d’en-haut et des forces d’en-bas. Elle accompagne le rythme des saisons et implore le Ciel pour que les récoltes soient abondantes. La réforme de la musique au 10ème siècle met un terme à l’utilisation du shakuhachi dans le Gagaku. Ce n’est qu’au 13ème siècle qu’il réapparaît, joué par des lettrés et des moines. Ikkyu (1394-1481), moine, poète, créateur de jardins et maître de thé se décrit lui même dans une de ses stances :

« Où va ce vagabond farfelu
Espiègle et détaché ?
Il joue d’une flûte en bambou
Aux carrefours et dans les rues »

Le Zen aurait eu alors une influence sur l’esthétique musicale du shakuhachi, notamment l’école Rinzaï dont le fondateur avait la réputation de répondre aux questions de ses disciples par des aboiements. En effet, on peut remarquer dans la plupart des pièces méditatives du répertoire Honkyoku (littéralement, « pièces fondamentales ») des accents violents où le souffle atteint son paroxysme, comme si la musique soudain échappait à toute logique, coupant court à toute analyse mentale. Le Honkyoku se joue en solo, c’est d’abord un exercice spirituel, face à soi-même.

Au 17ème siècle, l’émergence de la secte Fuke (du nom d’un moine légendaire au 9ème siècle en Chine) et des moines Komuso (moines du vide et du rien) favorisa le développement du shakuhachi qui, depuis, s’est transmis jusqu’à nous.

Un des préceptes de ces moines était : Ichi On Jo Butsu (un seul son pour atteindre l’éveil)
Aujourd’hui, ce précepte est toujours d’actualité !

Quoi de plus banal qu’un son de flûte ?

Dans l’apprentissage du shakuhachi certaines écoles pratiquent le Ro Buki c’est-à-dire jouer la note Ro (la plus grave de l’instrument) en soufflant le plus fort possible et cela pendant 30, 40 minutes, voire une heure et plus… Cet exercice redoutable amène l’exécutant à un état de lâcher-prise proche de l’extase mystique.
Pour ma part, la production d’une seule note tenue en de crescendo progressif jusqu’au silence final me semble l’ultime but à atteindre. Un simple son qui s’éteint, tel une cloche au loin…
Dans ce type d’exercice, il n’y a rien à démontrer, rien à prouver. Sans but, ni profit, comme le disait Taisen Deshimaru, moine japonais venu en France dans les années 70 pour diffuser le Zen. Le souffle est le miroir de l’âme et le résultat sonore qui en résulte peut être d’une implacable sévérité !

Dans les pièces méditatives du répertoire Honkyoku, on peut essayer de faire tenir tout l’univers dans chaque note. L’important, me semble-t-il, est d’être présent à soi-même dans chaque son, d’habiter la pièce de l’intérieur, de la laisser se dérouler comme si l’interprète n’était qu’un canal par lequel la musique s’écoule…

À notre époque en quête de repères, la pratique du souffle à travers un instrument comme le shakuhachi peut aider à se recentrer et à renouer avec le vieil adage : connais-toi toi-même.

Daniel SEISOKU LIFERMANN

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